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22 février 2007 4 22 /02 /février /2007 11:22



La question qui m’a été confiée est loin d’être nouvelle, c’est pourquoi il importe de situer son émergence avec précision . Le rôle des querelles religieuses de l’Ancien régime dans la genèse de la Révolution française a été incriminé d’emblée. La question prend naissance pendant l’événement révolutionnaire lui-même qui voit se forger les deux interprétations promises à se combattre durant le XIXème siècle. Première thèse, le jansénisme, continuateur de l’hérésie protestante, responsable de la Constitution civile du clergé et plus profondément de la déchristianisation. C’est la thèse d’une brochure qui parait au lendemain de l’adoption de la Constitution civile du clergé, Découverte importante sur le vrai système de la Constitution civile du clergé peut-être du jésuite Augustin Barruel, futur auteur des Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme . Cette interprétation va trouver son terreau de prédilection au XIXe siècle chez les penseurs contre révolutionnaires et les catholiques intransigeants, Joseph de Maistre, Félicité de Lamennais ou dom Guéranger . Plus récemment, en 1929, Edmond Préclin, professeur à la Sorbonne a tenté d’étayer scientifiquement cette piste dans son grand ouvrage : Les jansénistes du XVIIIe siècle et la Constitution civile du clergé .
Seconde interprétation, le jansénisme, précurseur de la bonne Révolution, matrice du républicanisme et de la liberté de conscience. Du côté des partisans de la Révolution, c’est au lendemain du Concordat qui marque la fin des espoirs de l’Église constitutionnelle que l’abbé Grégoire fabrique le mythe républicain de Port-Royal dans les Ruines de Port-Royal , petite brochure parue la première fois en 1801 puis augmentée en 1809, mythe promis, lui aussi à une grande fortune de Michelet à Jaurès, en passant par Louis Blanc et surtout Félix Rocquain, membre de l’Académie des sciences morales et politiques qui, en 1878, dans l’ambiance de la lutte de la République contre l’ordre moral donne la forme la plus achevée de cette interprétation dans son livre : L’Esprit révolutionnaire avant la Révolution . Il met en avant le rôle de l’importance de la querelle janséniste au XVIIIe siècle, dans la montée de l’esprit révolutionnaire et dans la formation de l’opinion publique : « Dès lors, deux partis se formèrent, dans l’un étaient les jésuites et le haut clergé, dans l’autre toute la nation » . Non point que le public entendit grand-chose aux doctrines jansénistes mais on tenait la bulle Unigenitus promulguée contre eux en 1713 pour un symbole, l’emblème de la domination cléricale qui ralliait l’opposition des jansénistes, des gallicans, de tous les ennemis de Rome et de tous les mécontents.
Ce bref préambule historiographique n’avait d’autre objectif que de rappeler la précocité avec laquelle la responsabilité directe ou indirecte des conflits liés au jansénisme a été invoquée, tant chez les amis que chez les ennemis de la Révolution.
Mais qu’est-ce donc au juste que ce « jansénisme » qui est ainsi placé au centre de notre question dès la Révolution française ? Il faut prendre très au sérieux la polémique qui accompagne l’émergence du néologisme. L’invention de « janséniste » vers 1643 , puis de « jansénisme » vers 1649 , exactement contemporain du néologisme de « puritanisme », après la victoire des puritains anglais et au moment de la Fronde, procède de l’effort des jésuites pour identifier, qualifier ou dénoncer les partisans de Jansenius, théologien de Louvain, auteur de l’Augustinus paru en 1640 . Du côté des jésuites, il s’agit de démontrer que Jansenius et ses partisans renouvellent les erreurs de Calvin , tandis que les dits « jansénistes » s’acharnent à prouver leur parfaite fidélité à la doctrine de saint Augustin et à l’esprit du concile de Trente. Ils dénoncent le qualificatif de « jansénisme » comme un fantôme, une chimère .
L’Augustinus, gros in folio en latin sur le problème de la grâce selon saint Augustin doit être considéré comme l’aboutissement tardif des précédentes controverses de Auxiliis gratiae qui avaient opposé les dominicains espagnols aux jésuites à la fin du XVIe siècle, conflit que le pape n’avait pas voulu trancher. Publié après la mort de l’auteur, le livre va être très bien reçu en France mais susciter plusieurs censures romaines ainsi qu’une très curieuse querelle, extrêmement formaliste, qui va porter somme toute sur le point de savoir s’il y a lieu ou non à une querelle : à commencer par le point de savoir si les 5 propositions condamnées figurent ou non dans l’ouvrage. Je vous renvoie au beau livre du regretté Bruno Neveu, L’Erreur et son juge . Le plus étonnant, c’est qu’une fois le scénario en place, il va se rejouer deux fois au cours du XVIIIe siècle. Au début du siècle, l’oratorien Pasquier Quesnel est de plus en plus désigné comme le successeur d’Arnauld à la tête du parti janséniste et son ouvrage le Nouveau Testament en Français accompagné de Réflexions Morales fini par être condamné par la bulle Unigenitus en septembre 1713 comme le nouvel Augustinus. Au milieu du siècle, reprenant le flambeau des curés appelants, c'est-à-dire des curés qui ont appelé au Concile général pour contester le jugement dogmatique de la bulle Unigenitus, les avocats et les magistrats des parlements, surtout le Parlement de Paris, se rangent sous l’étendard de la mémoire idéalisée de Port-Royal pour défendre les mourants privés de sacrements en raison de leurs opinions jansénistes.
Hérésie de la Réforme protestante ou fidélité à l’esprit de la Contre-réforme, crypto protestantisme, calvinisme rebouilli ou à l’inverse quintessence du tridentinisme à la française, voilà le dilemme insoluble autour duquel tourne la première discussion sur la nature du mouvement . Nous n’en sommes pas sortis ! Le néologisme de « jansénisme » constitue un piège pour les historiens qui sont ainsi requis de prendre parti. Le seul moyen d’y échapper est de tenter de comprendre historiquement les termes contradictoires du débat.
La controverse sur le « jansénisme » peut être considérée comme le révélateur des ambiguïtés de la doctrine du Concile de Trente. La refondation tridentine a voulu trouver un équilibre en repoussant d’un côté l’exaltation abusive du libre arbitre aux dépens de la toute-puissante divine promue par les humanistes mais aussi de l’autre côté l’exaltation excessive de la grâce aux dépens de la liberté de l’homme avancée par les protestants. Mais elle n’a pas donné le mode d’emploi de cette conciliation, de sorte qu’il est facile de comprendre que certains tendront plutôt à mettre l’accent sur la liberté d’œuvrer à son salut tandis que les autres exalteront plutôt la toute-puissance de Dieu.
Aussi convient il à mon sens de donner raison aux deux thèses en présence. Le jansénisme ne peut se réduire ni à un crypto protestantisme ni à un produit de la Contre-Réforme ou de la Réforme catholique comme les historiens préfèrent dire aujourd’hui, car il est les deux à la fois. Il est le symptôme par excellence de l’esprit de la Contre-Réforme à la française dans la mesure où il ne cesse d’exprimer, voire d’extérioriser spectaculairement ses contradictions internes, je pense au mouvement des convulsionnaires . En replaçant le Christ au centre de l’Église, la Contre-Réforme catholique a absorbé, à son insu, une bonne dose de réforme protestante. Le jansénisme surgit, avec les tensions qui le constituent, de la réaffirmation de la primauté du Christ, de sa présence et de sa parole, par l’école française de spiritualité pour reprendre l’expression de l’abbé Bremond . Il est un produit du christocentrisme à la lumière duquel celle-ci réinterprète le rôle de l’Église médiatrice. Le jansénisme aspire en effet à une réforme enracinée dans la parole et dans l’exemple du Christ .
De cette intégration du principe autonomisant du « droit divin » à tous les échelons de la hiérarchie de l’Église, il ne peut résulter qu’une gamme d’orientations divergentes qui vont s’exprimer au cours de son histoire : épiscopalisme (droit divin des évêques), particulièrement au XVIIe siècle, presbytérianisme (droit divin des curés) et laïcisme (droit divin des laïcs) surtout au XVIIIe siècle, dans le contexte de l’opposition à la bulle Unigenitus. On pourrait même ajouter « féminisme » dans la mesure où les jansénistes ont encouragé les femmes à lire l’Écriture et à se cultiver.
Cette contradiction religieuse a son pendant sur le terrain politique. Elle engage en effet le droit divin de l’État. Le jansénisme est l’absolutisme religieux qui va nécessairement de pair avec l’absolutisme politique. Il accompagne la monarchie absolue dans sa course tel un double. Dans les pays qui ont mené une politique cohérente de subordination de l’Église à l’État comme l’Autriche, l’Espagne, le Portugal ou certains états italiens, le jansénisme a discrètement accompagné, voire soutenu la politique des despotismes éclairés. Mais en France cette rivalité potentielle des deux souverainetés a pris un aspect de tension ouverte pour avoir été perçue comme telle, dès le départ, par Richelieu qui fait enfermer l’abbé de Saint-Cyran, vivant reproche de son alliance avec les puissances hérétiques. En France, le jansénisme a entrepris de défendre la monarchie contre elle-même, en tant que gardien de la toute-puissance divine dans l’Église et dans l’État. Cela en a fait le révélateur des tensions inscrites dans le système absolutiste. Un rôle qui va apparaître avec éclat lorsque l’absolutisme français se met en contradiction avec ses propres principes gallicans. C’est le sens de l’explosion suscitée par le bulle Unigenitus, laquelle, bien loin de constituer un sommet de l’absolutisme, en représente au contraire un recul, une « reculade » a même dit Jurieu . Cet abandon des libertés de l’Église gallicane par le roi laisse le terrain aux nouveaux défenseurs que leur cause va trouver, les jansénistes, les appelants, les avocats et les magistrats des parlements. D’ultramontain au XVIIe siècle, lorsque Richelieu s’était allié aux puissances protestantes, ou lorsque le roi s‘était opposé au pape durant l’affaire de la Régale, le jansénisme devient franchement gallican au XVIIIe siècle, par mimétisme envers le revirement de la position royale. Il ne s’agit nullement d’une volonté subversive, moins encore d’une montée de l’esprit révolutionnaire, mais d’une appropriation de la politique gallicane abandonnée par le souverain. Les parlementaires jansénistes défendent les droits de l’État contre la personne royale elle-même, au nom du droit divin. Ils sont en quelque sorte plus royalistes que le roi.
Sur le plan doctrinal le jansénisme se divise sans cesse en plusieurs courants qui ne font que manifester sa nature intrinsèquement contradictoire, tendu qu’il est entre les principes de la réforme protestante et ceux de la réforme catholique, ce qui explique notamment la grande division au moment de la Constitution civile du clergé entre ses partisans et ses détracteurs au sein même des derniers restes du parti.
Ses tensions internes mineront petit à petit le mouvement de l’intérieur, de sorte que l’on a pu parler de « l’agonie du jansénisme » au XVIIIe siècle . Mais malgré cette tendance mortifère et ses incessantes disputes le mouvement janséniste produit une mémoire fédératrice et identitaire qui va permettre à différents acteurs sociaux curés, laïcs, avocats, magistrats, de s’identifier à un idéal, de se fédérer sous le même étendard et ainsi au mouvement de renaître plusieurs fois de ses cendres. Cette mémoire survivra du reste à la disparition du jansénisme en tant que mouvement social.
Il n’y a pas de filiation naturelle entre le jansénisme du XVIIe et celui du XVIIIe siècle. Le jansénisme du siècle de Lumières procède d’une réinvention. Il est repensé et reconstruit en fonction du nouveau combat contre la bulle Unigenitus. Les organisateurs de la résistance, car il y a bien un noyau, un « parti » de théologiens, pour la plupart issus du séminaire oratorien de Saint-Magloire, ces opposants à la bulle Unigenitus vont chercher dans l’histoire de leurs prédécesseurs de quoi définir leur minorité identitaire. C’est ainsi qu’ils construisent la mémoire de Port-Royal, sur la base d’une méthode d’exégèse originale, le « figurisme », qui leur permet de donner un sens contemporain aux Écritures, assimilées à une histoire du peuple de Dieu par « figures » qu’il faut savoir mettre en correspondance et déchiffrer. Dans cette histoire sainte élargie, les solitaires et les religieuses de Port-Royal prennent la place emblématique du petit nombre des juifs convertis au temps du Christ, dont les opposants à la bulle se veulent la figure actuelle, la dernière branche vivante de l’Église sur laquelle l’ensemble des juifs viendront se greffer lors de leur conversion ultime appelée à rajeunir l’Église, à la renouveler avant la fin des temps . En face, la Compagnie de Jésus constitue le symbole de la guerre que les partisans de l’erreur mènent dans l’Église, guerre dont la bulle Unigenitus serait le dernier avatar, signe de l’imminente conversion des juifs. Même en petit nombre, les jansénistes figuristes se considèrent comme les « témoins de la vérité » , c’est ce qui leur donne le courage d’en appeler directement aux fidèles comme à un tribunal de l’opinion publique et de créer par exemple un hebdomadaire à grand écho social, les Nouvelles ecclésiastiques qui paraîtront de 1728 à 1803.
La grande particularité de l’opposition parlementaire des années 1750-1765 est de se projeter sur un écran fantasmatique, celui de la lutte entre « le parti de Port-Royal » et le « parti des jésuites », interprétation construite par les jansénistes figuristes dès la première moitié du siècle. Cette mobilisation de la mémoire des luttes religieuses va se révéler l’une des ressources les plus efficaces des jansénistes. Elle est orchestrée en particulier par un étonnant personnage, Louis-Adrien Le Paige, un avocat, figuriste et partisan des convulsions, qui devient le conseil du prince de Conti en 1757. Il faut comprendre que c’est cette puissance symbolique de la mémoire janséniste qui lui permet ainsi de jouer le rôle d’éminence grise de l’opposition parlementaire . Auteur de presque tous les manifestes de l’opposition, il transpose la vision figuriste du combat entre le parti des jansénistes et le parti des jésuites dans le domaine de l’État. Il identifie le Parlement de Paris à l’idéal de Port-Royal, martyr de la vérité, dépositaire des lois fondamentales de l’État. Il rédige notamment en collaboration avec l’abbé Coudrette une Histoire générale de la naissance, des progrès et de la destruction de la Compagnie de Jésus en France, avec l'analyse de ses constitutions , qui désigne les jésuites comme les ennemis par excellence de l’État. C’est encore lui qui propose leurs statuts à un examen politique et lance ainsi un séminaire national de lecture dans le milieu des magistrats qui publient en rafale des comptes-rendus des constitutions jésuites . Avec beaucoup d’ambivalence et de fascination, ils présentent la Compagnie de Jésus comme une nation autonome extrêmement dangereuse à l’intérieur de l’État français, une nation séparée de son souverain. Mais n’est-ce pas l’informulable désir des parlements de représenter la Nation ?
La victoire totale des parlements sur la Compagnie de jésus en 1764, loin d’ouvrir une voie triomphale au parti victorieux se soldera par son effacement de la scène. Le jansénisme parlementaire existait pour la défense de l’État contre un danger religieux qui en était venu à se concentrer sous les traits des évêques partisans de la Constitution Unigenitus, puis des jésuites. Il combattait le danger d’assujettissement à un pur despotisme d’essence religieuse mais il n’a jamais produit une doctrine constitutionnelle cohérente qui aurait pu constituer une voie alternative à la monarchie absolue. Le Paige reste un défenseur de l’absolutisme même s’il en fait jouer les contradictions internes entre l’État de droit divin et la personne faillible du souverain. Pendant la campagne des pamphlets contre la réforme judiciaire du chancelier Maupeou en 1771 , premier conflit politique important qui se déroule en dehors de la querelle religieuse, le jansénisme parlementaire n’est plus la seule composante de l’opposition et de plus, il passe le témoin aux états généraux dans la fonction de seuls représentants crédibles de la Nation auprès du roi. Il est hautement significatif qu’il s’évanouisse avec le rétablissement des parlements en 1774 au lieu de profiter de sa victoire. Victoire à la Pyrrhus en effet car il a bien contribué au développement de l’idée de représentation nationale mais il en est mort, désormais les cours souveraines ont définitivement perdu leur légitimité politique en dehors du conflit janséniste.
Si le jansénisme politique porte une part de responsabilité dans l’avènement de la Révolution, c’est parce qu’il a contribué à bloquer toute évolution de la monarchie absolue dans un sens représentatif et libéral. Il a empêché l’établissement de quelque corps que ce soit qui aurait pu constituer ne serait-ce qu’un embryon de contrepoids législatif, qu’il s’agisse des parlements eux-mêmes dans leur forme traditionnelle ou des organes prévus par la réforme Maupeou. Il a travaillé, en un mot à enfermer l’absolutisme dans ses contradictions et à exacerber celles-ci de l’intérieur. C’est en cela qu’il a été une force authentiquement révolutionnaire.
Le prétendu conciliarisme janséniste était tout aussi douteux que son soi-disant « constitutionnalisme » politique . Conscients de leur situation minoritaire, les jansénistes n’ont jamais voulu d’un concile des évêques, de plus ils ont affaibli l’autorité épiscopale en lui opposant le jugement de l’opinion publique puis en appelant comme d’abus de nombreuses décisions épiscopales. Dans l’ensemble, leur stratégie a contribué au renforcement du gallicanisme politique et parlementaire car ils se pensaient au service de la puissance religieuse propre à l’État. Tant que les jésuites étaient là, les jansénistes ont su instrumentaliser la sensibilité gallicane et antijésuite à leur profit. Mais l’éradication de la menace jésuite rend inutile sa défense de l’État, le jansénisme se trouve comme résorbé en lui, il perd sa raison d’être.
Faute de combattants, l’extinction des querelles politico-religieuses liées au Concile de Trente va laisser le champ libre à un pur gallicanisme politique d’opinion, beaucoup plus diffus dans la société et exclusivement soucieux des droits de la Nation en matière de contrôle de l’Église. Le jansénisme, en disparaissant comme force sociale, libère le gallicanisme, mais il lui transmet en même temps l’héritage fantasmagorique de ses haines. Il l’associe à une peur de la puissance spirituelle, désignée comme l’ennemi de la Nation, comme un État concurrent et rival d’autant plus nocif que situé au cœur même de la Nation, peur qui rendra ce patriotisme potentiellement fort peu « libéral ». En lui communiquant cette obsession de réduire une autorité ecclésiastique toujours trop consistante, matériellement ou socialement, il lui assigne en fait pour programme l’hégémonie pure de l’État aux dépens de la Religion. C’est en ceci que la suppression de la Compagnie de Jésus constitue la première étape qui va mener à l’abolition des vœux de religion et à la Constitution civile du clergé.
Ce ne sont pas les derniers jansénistes, soldats isolés et divisés d’une cause d’un autre âge qui vont précipiter la déstabilisation de l’État royal, ce sont les failles politiques internes de celui-ci. La querelle janséniste les masquait, c’est à son retrait que la monarchie ne survivra pas. Ce ne sont pas les problèmes religieux qui sont à l’origine de la Révolution française ou en constituent la matrice. Si religion il y a, dans la Révolution, c’est « la religion nouvelle » de la politique qui se retourne contre les croyances établies, comme Tocqueville l’a discerné . Sans doute les querelles religieuses, spécialement à partir de la bataille de l’Unigenitus, où le peuple des fidèles est pris à témoin, ont-elles contribué à ébranler la monarchie et à mettre la société en mouvement. Sans doute les jansénistes aussi bien que les jésuites ont-ils contribué, chacun à leur manière, volontairement ou involontairement, au développement des Lumières . Mais ils ont surtout pavé la route, ce faisant, à une mobilisation des esprits d’un genre bien différent : l’affirmation de l’autonomie, de la liberté, de la toute-puissance des hommes qui s’est exprimée en France sur le mode d’une violente rivalité avec la religion.

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Published by Catherine Maire - dans unigenitus
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